Maman Kangourou - Une leçon de la Colombie


A la fin des anneées 1970 au Maternal and Child Health Institute (MCI) de Bogota, en Colombie, le pronostic pour les nouveau-neés au poids inférieur à la moyenne était extrêmement déprimant. Dans le quartier le plus pauvre de Bogota, ces enfants recevaient des soins dans des sallers bondées, véritables foyers d'infection. Le taux de mortalité était exxtrêmement élevé : seulement 35% des bébés pesant de 1 000 à 1 500 grammes avaient des chances de survie. Consternés par cette situation désastreuse, les pédiatres Gomez et Sanabria ont établi une série de mesures connue sous le nom de Madre Canguro ou Maman Kangourou.

Le principe fondamental de la méthode Maman Kangourou est la reconnaissance du rôle primordial de la mère. Les médecins et les incubateurs ne peuvent remplacer les soins maternels. Les bébés au poids inférieur à la normale et en bonne santé sont gardés en position verticale contre les seins de leur mère. Ceci favorise le contact corporel, en plus de permettre l'accès au sein sur demande.

L'un des employés du MCI de Bogota a décrit les conditions avant l'adoption du programme : "Immédiatement après la naissance, le nouveau-n&eacure était placé dans un incubateur qu'il devait souvent partager avec d'autres bébés. Seul le personnel du MCI avait accès aux incubateurs. Même les mères ne pouvaient voir leur enfant qu'à sa sortie de l'hôpital. On nourrissait d'abord le bébé de dextrose, puis de préparation lactée. La durée du séjour à l'hôpital variait, allant même jusqu'à trois mois. Cette séparation de la mère et de l'enfant donnait lieu à un taux élevé d'abandon. De plus, les risques accrus d'infection et la faiblesse des mécanismes de défense de ces enfants avaient pour effet d'augmenter l'incidence de maladies infectieuses, particulièrement de gastro-entérite qui peut mener à la septicémie at à la mort."

L'un des principaux effets de ce programme a été la réduction du taux de morbidité et de mortalité chez les mouveau-nés. L'abolition des longues séparations mère-enfant a presque totalement enrayé le problème d'abandon.

Dans un premier temps, le personnel du MCI a abordé le problème de la nutrition du nourrisson en remplaçant l'alimentation artificielle par l'allaitement maternel. Lorsque l'allaitement maternel direct était impossible, on donnait du lait extrait du sein. On a remarqué tout de suite une nette diminution des cas d'infection gastrique. La mesure suivante a été de placer les enfants dans un meilleur environment clinique pour réduire les risques d'infection. On a enseigné aux mamans à tenir leur nourrisson à la verticale, entre lesseins. Cette position réduit le risque l'aspiration bronchique en plus de procurer chaleur, amour, stimulation et sécurité.

Depuis 1979, environ 3 000 bébés pesant moins de 2 000 grammes ont participé au programme Madre Canguro. L'un des principaux effets de ce programme a été la réduction du taux de morbidité et de mortalité chez les mouveau-nés. L'abolition des longues séparations mère-enfant a presque totalement enrayé la problème d'abandon. De plus, le rapport coût-efficacité du programme en fait un modèle d'initiative à bas prix.

Au Canada, le coût des soins intensifs pour un enfant prématuré' peut excéder 2 000 $ par jour. Bien qu'auncun établissement canadien n'ait véritablement adopté le programme Kangourou, les professionnels qui travaillent avec les nouveau-né's prématurés y portent un vif intérêt. Kathy Delestard du Women's College Hospital de Toronto a confié "J'aimerais adopter le programme, mais en ce moment le département est plein à capacité et l'environment néonatal n'est pas conçu pour recevoir les parents".

Le programme de soins Kangourou (SK) gagne peu à peu du terrain dans les pays industrialisés. Le Hammersmith Hospital en Grande-Gratagne a adopté une partie des SK au sein d'un service de soins spéciaux. Ainsi, des noureau- nés pesant aussi peu que 700 grammes ont pu maintenir leur température corporelle et n'ont pas souffert d'apnée. Dans les Pays-Bas, on a constaté un taux d'infection moindre chez les bébés SK. En Suèude, les enfants SK, comparés à ceux qui reçoivent des soins traditionnels, sont plus souvent nourris au sein à leur sortie d'h&ociricpital, sortent plus tôt et gagnent du poids plus rapidement.

 


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Created: 8 August, 1995, 11:23:48 Last Updated: 8 August, 1995, 11:23:48